Login
blog > n666eo > Une journée de vol à voile...

Une journée de vol à voile...

Posté par : n666eo - Le Vendredi 11 Mai 2007 à 02:43

Les yeux mi-clos, la douce lumière matinale me sort de ma torpeur. J'essaie de rassembler mes esprits, mais il doit être encore un peu trop tôt pour ça... Tant pis, je somnole encore quelques minutes. Ca y est, je me rappelle ! Je suis à Puivert, dans le lit du bas à gauche, chambre 9, le soleil est levé mais pas mes collègues. La météo a annoncé une journée idéale pour le vol à voile : vent de Nord-Ouest établi et un grand soleil ! Cette fois je suis bien réveillé ! Le programme du matin commence à être bien rodé. Douche, météo, p'tit dèj, hangars.
Douche : Check !
Météo : Check, ciel bleu, 40km/h de Nord-Ouest !
P'tit dèj : Check !
Hangars : Check, opened !

Morning checklist complete...
On enchaîne sur le briefing météo de l'aprem : peut-être quelques petits cumulus si le soleil chauffe assez, le vent ne bougera pas, pente Nord active, pente de Bélesta aussi, avec un peu de chance celle de la Frau sera ok.

Aprés les dicussions matinales, il est temps de passer à table. Les matinées d'hiver sont courtes. Les repas à Puivert ne sont jamais improvisés. Pas de sandwichs au menu. Plats cuisinés systématiquement.

Me voilà le ventre bien rempli. Il est temps de sortir les planeurs. Etant donné la météo plus que favorable, je compte partir en Pégase. Celà fait longtemps que je n'ai pas volé dessus, et ça commence à me manquer. Renseignements pris, les crochets treuil des Pégases sont tous arrivés et montés ! Je vais enfin pouvoir me faire lâcher Peg au treuil !! Apparemment les vols d'essais ne sont pas fait. Je demande à JJ s'il peut faire un vol sur le Sierra Novembre pour pouvoir me lâcher par la suite. Réponse : "TU vas faire le vol d'essai. Tu vérifies bien le fonctionnement du crochet pour éviter les mauvaises surprises. La seule particularité c'est que le Pégase à tendance à marsouiner au treuil. Tu fais gaffe c'est tout." Bon ben ce sera donc un vol d'essai/lâché Pégase au treuil. Joli programme...

Entre temps, le vent s'est renforcé. Il doit y avoir 60 - 70 km/h en altitude, mais les mini cumulus sont bien là ! Je laisse partir un K-13 en école et le Janus avant moi, pour prendre le temps de tout bien faire. Il faut rajouter les fusibles pour les Pégases sur les cables du treuil. Faire une dizaine d'essais larguage pour être sûr du fonctionnement du crochet. Faire une prévol minutieuse, le Sierra Novembre n'a pas volé depuis un petit moment, et il a était démonté partiellement pour la visite et le montage du crochet. Tout à l'air ok, je m'installe. Siège en butée arrière et on avance les palonniers, afin d'éviter la mésaventure de trop de pilotes de Pégase au treuil qui ont vu leur siège reculer au moment de l'accélération... Sierra Novembre est vraiment confortable comme planeur. Le câble est en place, le treuil est prévenu. Je suis un tout petit peu tendu... En fait je dirai plutôt trés concentré. Je ne me fais pas de soucis, mais toutes les procédures "spéciales" du treuil tournent trés vite dans ma tête, pour être prêt à faire face à n'importe quel incident. Le brin de kevlar se tend doucement devant moi... "Tendu !" Accélération maintenant habituelle, vitesse, rotation. Le planeur est souple et monte bien ! Trop bien ! J'ai pas eu l'impression de beaucoup tirer sur le manche, pourtant mon badin n'est pas optimiste... 90 km/h, je rends un peu la main. Normalement je devrais afficher 110. Mais Sierra Novembre ne bouge pas de sa trajectoire et répond trés bien, alors je ne corrige pas plus que ça. Il y a beaucoup de vent de face, ceci expliquant sûrement celà... Fin de treuillée, l'assiette de vol est stabilisée mais le câble est toujours là... Je tends vite fait la main vers la poignée jaune pour larguer manuellement, mais le temps que je l'attrape, le larguage s'est fait tout seul.

Direction la pente Nord. On fait attention au K-13 en école sur la pente. On fait aussi attention à la pente elle-même ! Aujourd'hui elle donne trés en avant, et elle est trés turbulente ! Mieux vaut pas trop s'approcher des arbres...

De toute façon c'est inutile, ça monte trés bien devant, et je ne tarde pas à atteindre un peu plus de 800m d'altitude. Pas question de rester sur la pente aujourd'hui, direction Bélesta pour voir ce que ça donne. La pente est ok, et derrière Bélesta je trouve même un thermique ! Là ça devient amusant, parce qu'avec le vent qu'il y a, le thermique est plus qu'haché !! Mode essorage de la lessiveuse sur ON... A la radio le Janus annonce qu'il rentre de la Frau et que la pente est OFF... Par contre il y du thermique un peu partout ! J’essai de stabiliser l’un d’eux situé un peu après Bélesta, mais il ne se laisse pas vraiment faire… 1100 mètres QFE à l’altimètre, j’essaie de poursuivre vers Montségur. Mais impossible de récupérer de l’altitude sur le chemin, et avec plus de 50 km/h de vent de face le Pégase est très loin de sa finesse thérorique ! Retour sur le thermique précédent, toujours là… Cette fois je me débrouille pas trop mal pour stabiliser et centrer la bête. Le vario moyen doit tourner entre +3 et +4 mètres par seconde. Ca devient interressant ! Après une dizaine de tours, l’aiguille commence à descendre vers le 0. Je dois pas être loin du plafond, même si celui-ci n’est pas visible pour cause de thermique pur (pas de nuage pour matérialiser le sommet de l’ascendance). D’ailleurs je commence à percevoir le phénomène d’invertion, bien connu des vélivoles : quand ce phénomène est présent, à partir d’une certaine altitude la température augmente en montant au lieu de diminuer. Résultat : au lieu de se mélanger, les deux masses d’air très différentes se séparent de manière très nette ! En dessous c’est brumeux, au-dessus l’air est limpide ! Petit coup d’½il à l’alti : 1600 mètres QFE ! Cette fois Montségur est à nous ! Je cercle quelques minutes autour du château et m’en mets plein les yeux ! Dommage que le temps soit si brumeux… Le paysage est vraiment splendide ! C’est dans ces moments là que ressort toute la magie du vol à voile… Aucun stress par rapport à la machine, un silence (relatif) appréciable, une liberté de mouvement quasi-totale, une visibilité que seuls les parapentes et deltaplanes concurrencent… Je continue mes cercles à basse altitude autour du château… C’est sublime !

La seule chose à faire en planeur est de suveiller régulièrement son altitude… 950 mètres. Je suis un peu loin du terrain et ne me rappelle plus de l’alti de sécurité pour rentrer. Petit appel à la radio, et le chef pilote me donne kilomètre 20 pour Montségur. Pour le Pégase il est conseillé (consigne club) d’utiliser une finesse 20 pour les calculs. Ca nous donne donc 1000 mètres en alti sécurité pour Montségur… Oups ! Là-dessus le chef-pilote me rappelle qu’il faut rajouter 250 mètres pour le tour de piste… re-oups ! D’autant que le temps de réfléchir mon alti ne donne plus que 850 mètres… Bon direction le terrain via le super thermique à côté de Bélesta que j’ai utilisé à l’aller ! Je ne suis pas particulièrement inquiet quand même car les conditions, bien qu’instables, ne sont vraiment pas mauvaises.

Bingo ! Le thermique est toujours là ! Tenace celui-là ! J’engage la spirale à gauche et reprends quelques précieux mètres. Après quelques minutes j’ai largement repris de quoi repartir en balade. Mais je dois faire mon vol de test pour l’emport passager, donc je ne veux pas rentrer trop tard au terrain. Retour rapide, intégration en vent arrière, « Sierra Novembre, vent arrière main gauche pour la 32 à Puivert, le train est sorti vérouillé vérifié ! ». La finale n’est pas de tout repos… Les rafales font osciller mon badin de plus de 10 km/h ! Posé, pas cassé. On attend la voiture pour remonter le planeur.

Il est temps d’aller voir le chef-pilote pour savoir quand est-ce qu’on peut faire le vol de test pour l’emport passager : « Dès qu’un biplace est dispo, tu m’appelles ! ». J’espère que Jean-Jacques ne me fera pas trop de misère pendant ce vol… Fabien m’a déjà fait un pseudo test (non officiel) la semaine dernière, et je suis rentré… fatigué (mais moins con !) !

L’Alliance vient de se poser. On s’intalle. Sur ce planeur j’ai eu l’occasion de m’habituer à la place arrière, donc pas trop d’appréhension sur ce point. La procédure treuil est rodée, pas de soucis là non plus. Le vent s’est calmé, la treuillée est plus simple. Demi tour pour retourner sur la pente. En fait Jean-Jacques fait juste le sac de sable… Il avait envie de se faire balader ! Aucune question, il ne touche pas aux commandes… Ce vol est génial ! Pas besoin de faire très long, c’est juste un test. Au bout de 15 minutes, il me dit de faire un grand tour pour descendre et me poser. Direction Montbel et son superbe lac. Le trajet nous fait passer loin des reliefs, donc loin des turbulences… Le vol n’en est que plus agréable ! Retour au terrain et posé sans histoire.

Ca y est, je peux amener des passagers pour partager ces vues sublimes sur les Pyrénnées ; pour partager cette sensation de glisser sur l’air ; pour partager l’excitation de défier la nature en cherchant à la deviner… Voir une ascendance, un rabatant, des turbulences, de l’onde, alors qu’il n’y a que de l’air translucide… Je vais pouvoir montrer aux terriens comment on joue avec les buses, et leur prouver qu’elles sont beaucoup plus intelligentes qu’il n’y parait…

Je vais d’ailleurs inaugurer mon emport passager de suite ! Bon, c’est pas une terrienne, mais Sophie veux voler et n’est pas encore brevetée… Ce sera donc ma première passagère ! Premier soucis : jeune sportive de 15 ans, elle est… légèrement très en dessous de la masse mini en place avant ! Deux gueuses de 15 kilos seront nécessaires pour avoir un centrage du planeur correct ! On est installés et prêt au départ. Le vent à encore faibli, la treuillée n’en est que plus agréable. Aussitôt sur la pente je passe les commandes  à Sophie. Elle se débrouille vraiment très bien ! D’ailleurs on passe très vite 850 mètres et je reprends les commandes pour retourner faire un tour à Bélesta. Il est 18h30 passé, le soleil descend doucement sur l’horizon juste devant nous, c’est sublime… La pente de Bélesta est toujours active. On avance doucement mais surement. On laisse Bélesta sous l’aile droite et on continue d’avancer sur les Pyrénnées. Le fameux thermique qui m’a servi trois fois cet après-midi est morribon mais toujours présent !! Un véritable ascenseur à couillon !! 19h passé, on continue à faire des aller-retour sur la pente de Bélesta… Une fois le soleil en face qui donne des couleurs fabuleuses au ciel très chargé en humidité, une fois le soleil dans le dos qui éclaire le tableau de bord et se reflète dans les instruments… Magique !

La radio nous sort de cette torpeur : « Hotel Mike, vous êtes où ?

-          Heu… sur la pente de Bélesta, 700 mètres.

-          On se pèle ici ! Ca serait bien de rentrer !

-          Ok ok, on arrive… »

Faut toujours qu’il y ait des terriens pour gâcher le plaisir… ;o) Il nous faut bien 5 minutes       pour arriver en vue du terrain. Qaund on arrive verticale, la radio crépite encore :

-          « Hotel Mike de Puivert tour,  vous êtes autorisé pour l’approche sur la 32, vous êtes numéro deux… 

-          Bien reçu Puivert tour, Hotel Mike numéro deux pour la 32 derrière le 320 en finale… »

C’est ce genre de délires qui fait, entre autre, l’ambiance d’un club… Posé propre, il n’y a presque plus de vent au sol. On rentre les planeurs, on les nettoie un peu, on ferme les hangars…

            Encore une journée de vol à voile bien remplie. 3 heures de vol dans la journée, en conditions turbulentes pour la plupart, je suis assez fatigué… mais heureux !!! La soirée de passera tranquillement au club, à discuter de tout et de rien avec des amis vélivoles, de 15 à 80 ans sans aucune distinction… Le vol c’est bien, avec l’ambiance club c’est encore mieux… Une bonne nuit de sommeil dans la chambre 9, et on remet ça demain… C’est que du bonheur…

 

Faites du vol à voile !!

 







Commentaires 3 commentaires

Seb le 11 Mai 2007 à 22:03

argh, vraiment pas le temps de tout lire aujourd'hui, mais je finirai la lecture la semaine prochaine ;)

didja (Remy GERNEZ) le 12 Octobre 2007 à 19:47

Très joli récit, ca me donne envie de venir à Puivert (je vole à Narbonne) ! :D Je suis dans la classe de Sophie cette année, ca me fait rire, car je suis tombé sur ton blog depuis le forum de Condor... A+, Rémy

canastel9g le 03 Février 2008 à 9:24

Pour avoir volé à Puivert en 1961, j'ai encore plus apprécié ton récit. J'espère pouvoir y faire un tour bientôt, pour un " vol d'initiation "...Peut être avec toi...
a + avec Condor ...en attendant... et vive les Pyrénées
Jean



.laisser un commentaire




Codes html interdits. Les liens sont convertis automatiquement.

Réalisation

Code & Design : Sébastien Cardona

Page générée en : 0.010056s