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Une journée de stage à Saint-Auban

Posté par : n666eo - Le Jeudi 20 Août 2009 à 17:19

Salut tout le monde ! Je reviens tout juste de deux semaines de stage de préparation instructeur planeur (PTP) au Centre National de Vol à Voile à Saint-Auban. Voici le récit (long) d’une journée « normale » de stage…

7h30, le réveille sonne. Direction la douche qui est en fait dans la chambre. Pratique. Puis on enchaîne avec le ptit dèj, juste à l’étage en-dessous. Très pratique. Le planning est maintenant rodé. Je remonte chercher mes affaires et me dirige vers le bâtiment mitoyen où sont dispensés les cours théoriques. Nos trois instructeurs, Noël, Philippe et Adrien, nous attendent. Ils assureront à tour de rôle les cours théoriques de ces 15 jours : aérologie, météorologie, réglementation PN, réglementation matériel, circulation aérienne, mécanique du vol, aérotechnique, vol à voile élémentaire, etc…

Les cours se poursuivent jusqu’à 9h45. Là, on enchaîne sur le briefing météo, qui sera présenté par Gabriel, que je connais de la SWAF. Dépaysant le briefing ! Chez nous les plafonds ne sont pas les mêmes… Ici 2500 mètres minimum et jusqu’à 4000 mètres sous cumulus ! Je n’aurais même pas osé en rêver… C’est un autre monde. 10h, fin du briefing météo, on reprend les cours théoriques jusqu’à 11h, avant de passer au briefing proprement dit : débriefing des vols de la veille, étude de quelques questions spécifiques du théorique, et surtout distribution des machines et des vols de la journée. Aujourd’hui ce sera vol campagne avec Philippe sur Québec Mike, un valeureux Janus C. Si le vol ne fini pas trop tard, j’enchaînerai sur un solo sur un monoplace dispo.

12h15, il est temps d’aller manger. Retour à la cantine pour un repas accompagné de grandes discussions sur les vols de chacun, sur les conditions « à domicile » de chacun, nos impressions sur les machines, et sur les cours.
13h, tout le monde en piste pour sortir les machines. On dé housse, on équipe, on pousse. Une fois tous les planeurs en place, chacun fini de préparer sa machine : cartes, eau, recueil des champs vachables, réglages du Zander si nécessaire, prévol complète. Le Québec Mike se porte comme un charme, et Philippe ne tarde pas à arriver. On s’installe et on oublie aucune action vitale ; ici on est en test 12 heures pas jour tous les jours.  Le remorqueur passe devant le planeur, c’est à nous. « Derrière Kilo Bravo, c’est Québec Mike, équipage GAUDY, LEVY ». Le câble se tend. On rentre les AF, un pouce levé au pistard (le pilote du planeur suivant, en général) pour lui faire lever l’aile, et on est parti.

On est en volets négatifs sur le Janus pour avoir le maximum d’efficacité aux ailerons à basse vitesse. Le remorqueur accélère, la machine répond bien, le patin arrière est décollé, je passe doucement les volets à +8. Ca décolle tout seul. On colle le remorqueur sur l’horizon (pas toujours facile en montagne) et on copie son inclinaison. Le remorquage ne pose pas de difficulté particulière. 1000 mètres aux pylônes, ça pousse dessous, Philippe dire la poignée de largage est lance un « aller, tu te débrouilles là dedans ! ».

Le câble est bien décroché, alors j’accentue l’inclinaison à gauche pour ne pas perdre la pompe. +2 m/s, pas trop mal. Mais c’est du thermodynamique, donc pas très facile à garder. 1500 mètres, Philippe en a marre, on avance. Petit cheminement sur les crêtes du Ruth, et on raccroche quelque chose sur Vaumuse. Toujours du thermodynamique avec un vario un peu meilleur. 1800 mètres. Philippe est vraiment pressé : « Aller, tu te jettes sur Authon, il y a un planeur et un parapente qui tournent là-bas ». C’est parti, cheminement sur la pente de Vaumuse jusqu’à Authon. On entre sous le planeur et le parapente déjà présents, on repère le sens de rotation, vario +1, +2, +3… +4, top à gauche ! Un tour sans volets pour confirmer, vario bloqué à +6 alors on passe les volets +8 et on incline… C’est de la pompe de montagne, de la vraie : vario de folie (+7 moyenné, soit 1400 ft/min), et super étroite. J’incline à 60° en ramenant la vitesse à 80km/h. Vitesse de décrochage 70… Concentration. C’est évidemment le moment que choisi l’instructeur pour poser des questions… « Bon tu me regardes quand est-ce qu’on passe en local de Seyne, et tu me diras tous les terrains dont on est en local finesse 25 ». Zut, on ressort la carte. Evidemment je suis juste sur le pli. Je mesure tant bien que mal les distances avec les doigts sur le genou. Seyne c’est ok pour le local. Il semble qu’on puisse avoir Marcoux aussi, et on n’a pas encore perdu le local de Saint Auban. Sisteron passe aussi largement ainsi que La Motte du Caire. Finalement ce n’est pas trop mal pavé les Alpes du Sud. La voix de Philippe me sort de mes calculs : « tu es en train de la perdre ! ». Ah ben oui, mais j’ai encore du mal à tenir le Janus à 60° d’inclinaison et 80km/h tout en lisant ma carte, en calculant, et ce en gardant la pompe centrée… Il y a encore du boulot…
« Bon alors, ce local ? »
« Seyne c’est ok. Ensuite on a Marcoux, St Aub, Sisteron et La Motte ! »
« Ben qu’est-ce qu’on fait encore là alors ? »
« ok, ok ».

Effectivement, déjà 3000 mètres. C’est qu’avec ces varios de fusée on ne se voit pas monter ! On traverse par le massif des Monges, direct vers Seyne. Cette fois on est campagne, on ne rentre plus directement sur St Aub. En face, la Blanche, et aux extrémités Les Trois Evêchés et le Dormillouse. Je ne vois pas Seyne. Philippe m’aide :
« Tu vois la scierie ? C’est juste en bas, à côté »
« Ah oui ok ».
A la verticale de Seyne, on refait le plein. Le vario a sauté à +5 en 2 secondes, alors on ne va pas faire les difficiles. Un peu plus de 3000 mètres, direction le Dormillouse sans passer par la Blanche. Puis tout droit sur le Morgon. J’ai tous les volets négatifs et 180 au badin… Le Morgon ne donne rien, on enchaîne sur le Guillaume. A l’entrée de la vallée de Barcelonnette on s’est un peu fait jeter par terre, alors instinctivement je ressors la carte pour vérifier où on va si ça tourne mal. Le choix est réduit : ce sera le champ des Crots ou rien…

Le rythme ralenti. On passe en vol de pente sur les cailloux du Guillaume. Le décor est fantastique, vertigineux. Ca monte tranquillement. Je souffle un peu. Entre deux falaises, un petit plat, un lac de montagne à l’eau turquoise. Je survole tout ça à quelques mètres de hauteur. Je serais randonneur le point de vue ne serait pas vraiment différent. Magie du vol à voile…

Pas le temps de s’endormir. Au détour d’une falaise on s’est fait littéralement taper par un thermodynamique. La réplique n’a pas traîné : « Aller tu m’enroules ça comme il faut et on s’en va ! ». C’est reparti ! 60° d’inclinaison, un tour à 100km/h volets 0, vario confirmé en butée haute, volets +8 et 80km/h. On ne tarde pas à atteindre 3200 mètres, l’aile droite dans la nuelle. « Tout droit en suivant la ligne de crêtes devant toi, on va retomber dans la vallée de Saint-Crépin, au Nord du terrain ! ». On chemine gentiment à 3000 mètres en aillant l’impression d’être par terre… 3000 mètre à l’alti, mais à vue de nez 50 mètres par rapport aux crêtes. Mais ça ne descend pas. Le vario reste très légèrement positif tout le long.

Nous voilà dans la vallée de Saint Crépin. Philippe continue à dicter le cheminement : direct sur la Tête d’Amont et on enchaînera sur le Glacier Blanc, qui sera notre point de virage. Il y a du monde dans le coin, le FLARM s’affole un peu. On est dans le parc des Ecrins. Mes yeux sont noyés par la beauté des paysages. L’impression de taille est étrange : on est bas par rapport au relief, pourtant l’alti est toujours à plus de 3000 mètres. Je me sens petit, tout petit dans ce décor. Si Philippe me parle maintenant, il y a peu de chance que je l’entende. Toutes les ressources disponibles sont allouées aux yeux… Je suis littéralement dans un rêve, déconnecté de la réalité…

Retour aux  choses sérieuses. « On chemine en suivant la vallée jusqu’au lac de Serre-Ponçon en restant à droite. On se raccrochera de nouveau sur le Guillaume. ». Heureusement que l’instructeur est là pour redonner du rythme. Dans un tel décor on perd toute notion d’espace et de temps… Suivant les consignes, je me colle aux montagnes à ma droite et j’avance. Juste avant d’arriver au Guillaume, on prend une méga claque ! Vario en butée négative pendant plus d’une minute ! Je plante le nez du Janus dans la montagne pour essayer de sortir au plus vite de cet aspirateur. 180 km/h, on passe la bordure du Guillaume et on déboule côté Ouest. Le vario revit, je tire pour planter le nez dans le ciel cette fois. Le badin retombe, je repasse les volets 0, et le vario fini par se stabiliser dans le positif…

Nous revoilà en vol de pente sur le Guillaume. J’ai presqu’envie de l’appeler Saint Bernard à force… On se refait tranquillement un petit plafond en pente. Pas besoin d’être très haut pour rentrer d’après Philippe. On souffle un peu, et direction le Morgon, puis traversée de la vallée de Barcelonnette sur le Dormillouse, point de départ du Parcours. A partir de là, c’est tout droit jusqu’à la maison ! On suit la Blanche, passage aux Trois Evêchés, on se laisse glisser jusqu’au Cheval Blanc, on enchaîne avec Coupe, Beynes, la Serre de Montdenier pour finalement tourner Puimoisson. Au final on aura fait à peu près 70 km sans tourner une spirale ! Le pied !

Passé Puimoisson, Philippe me remets dans les calculs : oui, on est en local de Saint Auban, alors qu’au Dormillouse on y était pas du tout. Magie du Parcours. Après un retour direct vers la maison, on prendra une petite demi-heure pour travailler un peu : virages à grandes inclinaison, virages à grande inclinaison aux grands angles, décrochage pendant un virage à grande inclinaison, changements de vitesse, ligne droite dérapée, virage en dérapage intérieur et extérieur… enfin toute la panoplie y passe, en dehors des autorotations qu’on fera plutôt sur DG-1000.

Retour dans la zone de perte d’altitude, vent arrière, finale est posé demanderont encore un peu de concentration. Il faut faire ça carré, comme dans Le Livre. J’avais perdu cette habitude. J’essaie tant bien que mal de sortir du planeur, mais mon état de fatigue rend la man½uvre difficile… Nettoyage des planeurs, houssage, et rangement dans le hangar. La journée est presque terminée, il est 20h…

Une petite bière au bar du Centre avec tout le monde permet de rester dans le rêve, en écoutant les récits de ceux qui sont allés en Italie, en Suisse, qui ont tourné le Mont-Blanc…
Il est temps d’aller manger et de réviser un peu les cours, demain la journée sera presque identique… Et après demain aussi… Et ce pendant 15 jours… Heureusement il y aura des pauses piscine, surtout le week-end…

Conclusion : mon stage pratique PTP sera validé sans soucis, ainsi que l’examen théorique de l’ITP… A l’année prochaine Saint-Auban !

 

P.S. : pour ceux qui voudraient avoir une idée de ce que ça donne en vol, voici une petite vidéo trouvée sur Youtube qui illustre très bien le vol décrit plus haut :

 

www.youtube.com/watch








Commentaires 4 commentaires

sYma le 21 Août 2009 à 17:49

Hé ben je ne savais pas vraiment dans quoi je m'embarquai en commençant à lire ce billet (que je n'ai pas seulement survolé). Impressionnant, ça donne envie !!! Et merci pour la vidéo on comprend mieux le décor :)

Seb le 21 Août 2009 à 18:40

sYma > C'est pas son premier récit, il commence à y en avoir une belle collection sur son blog :)
Pour ma part j'attends d'avoir la tête au calme ce week-end pour me plonger dedans.

Seb le 25 Août 2009 à 17:37

Quel régal !
J'ai eu quelques soucis à comprendre les parties techniques (enfin au bout d'un moment on comprend à quoi sert le variomètre par exemple) mais une fois de plus c'est un petit régal. Il manque juste quelques photos pour illustrer le tout, ou un plan de survol avec quelques annotations pour pouvoir s'imaginer le trajet, là les noms ne me disent rien du tout c'est impossible de situer dans l'espace pour moi.

En tout cas merci pour ce récit, et bon stage !

invité le 10 Mars 2010 à 12:56

Vraiment excellent, ton descriptif de la journée de vol à voile à Saint Aub. je suis aussi vélivole, de temps en temps à St Aub. C'est exatement ça. ça donne envie d'y retourner demain. Encore bravo pour ce récit et bon vol. A bientot sur les pylones, Authon ou plus au nor, St crépin ou +. Patrick



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